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De l’euphorie

C.Guyot © Association Euphoria, 02.2006

« Euphoria n’est pas le meilleur des noms pour une asso­cia­tion huma­ni­taire ! », nous a-t-on dit. Et si vox popu­li n’é­tait pas for­cé­ment vox dei ?

L’impression de bien-être peut, momen­ta­né­ment, être res­sen­tie par toute per­sonne usant de pro­duits stu­pé­fiants per­tur­bant le sys­tème ner­veux, rai­son pour laquelle la psy­chia­trie a uti­li­sé le terme d’euphorie afin de dési­gner la béa­ti­tude léni­fiante résul­tant de l’anesthésie de cer­tains sens ou de l’altération de cer­tains méca­nismes neu­ro­psy­chiques par ces sub­stances.
Il n’est pas éton­nant, dans nos socié­tés occi­den­tales contem­po­raines si mal­saines, que ce bien-être pas­sa­ger soit à ce point recher­ché par tant d’êtres humains éprou­vant ordi­nai­re­ment, quo­ti­dien­ne­ment, un état de malaise, un mal être si pro­fond, si intense.
Toute per­sonne mal en soi cherche néces­sai­re­ment à se sen­tir mieux ; c’est là une réac­tion de survie.

Cependant, le bien-être induit pro­vient notam­ment de la sécré­tion par le cer­veau d’ocytocine, dite aus­si hor­mone du plai­sir (ain­si que de luli­bé­rine et d’autres hor­mones pep­ti­diques et sté­roïdes).
Des états psy­chiques « natu­rels » peuvent conduire à la pro­duc­tion de ces hor­mones et à cette eupho­rie plu­tôt « bio­lo­gique », phy­sio­lo­gique : le sen­ti­ment amou­reux en est l’un des exemples les plus magni­fiques et les plus puis­sants.
Malheureusement confon­du — par ana­lo­gie de sen­sa­tions — avec le plai­sir d’organe, ce der­nier conduit lui-même aus­si à des dépen­dances et, quelques fois, à des per­ver­sions telles que la pas­sion aveu­glante (perte de luci­di­té et de conscience), la jalou­sie (satu­ra­tion émo­tion­nelle), etc.

La psy­cha­na­lyse, et plus par­ti­cu­liè­re­ment la psy­cha­na­lyse intros­pec­tive, nous montre qu’il est pos­sible, grâce à cette dis­ci­pline par­ti­cu­lière qu’est l’élu­ci­da­tion, d’at­teindre un état de rela­tif équi­libre (certes non défi­ni­tif puisque sujet aux influences chan­geantes du milieu, du vivant), d’har­mo­nie et de pro­fonde satis­fac­tion, « bien être » s’il en est.
Apparaît clai­re­ment la nuance entre le conven­tion­nel bien-être (fruit notam­ment de l’aplatissement de la vie) et le fait de se bien por­ter, eupho­rie pro­pre­ment dite ; car se por­ter bien, se sup­por­ter et sup­por­ter les choses de la vie, consiste à se sen­tir natu­rel­le­ment à l’aise au milieu du monde, sym­bo­li­que­ment : à se tenir « debout », stable, l’assise de son âme étant suf­fi­sante pour trou­ver la paix en dépit des vicis­si­tudes, des acci­dents et des impondérables.

Chercher à avoir moins peur de l’existence, d’autrui, de soi, de l’avenir et du monde ; retrou­ver confiance, force et plai­sir de vivre ; retrou­ver joie et tendre affec­tion pour le monde qui nous accueille, séré­ni­té, calme et tran­quilli­té, grâce à une meilleure com­pré­hen­sion des choses de la vie et de soi-même, à un désir sin­cère de contri­buer à l’amélioration pour le bien de tous et de cha­cun, telle est notre concep­tion de l’euphorie.

Il est encore trop tôt pour dire que tout va bien, mais non pour affir­mer qu’à force de tra­vail, les choses vont mieux. Il faut aujourd’hui œuvrer pour un monde nou­veau, que nous ne ver­rons peut-être pas, mais qui n’en est pas moins la solu­tion à la souf­france humaine.
Aucun parent ne s’abstiendra d’accomplir quoi que ce soit pour son enfant, sous pré­texte qu’il ne lui sur­vi­vra pas.

Qu’est-ce qu’une drogue ? Le jeu, l’herbe, l’alcool, la géni­ta­li­té, la télé­vi­sion, le tabac, la voi­ture, le sport, les col­lec­tions, l’argent, le tra­vail (comme pour ces Japonais qui meurent d’épuisement à leurs bureaux), ou encore Internet et, par­fois, la nour­ri­ture… Mais aus­si ne plus pou­voir se pas­ser de l’être aimé et y pen­ser sans cesse, le voir par­tout, se sen­tir oppres­sé en son absence… Tout cela fait par­tie de notre quo­ti­dien.
Dans tous les cas, c’est donc quelque chose dont on a besoin. Pourquoi en a-t-on besoin ? Parce que l’on est « en manque », parce que l’on manque, l’on se manque. Un jour loin­tain, enfant, nous étions heu­reux sans tout cela. De quoi sommes-nous en manque ? D’être natu­rel­le­ment, aisé­ment, une per­sonne à part entière, l’esprit libre, le cœur débor­dant d’amour et l’âme pleine de joie.
D’être sim­ple­ment heu­reux de vivre.

Pourquoi l’être humain a-t-il tant de peine à atteindre (ou à retrou­ver) cet état ? Pourquoi se sent-il « vivant mort » ? Pourquoi lui faut-il se réfu­gier au sein de la chose quand il n’y a plus d’être, per­dant ain­si sa propre valeur et l’é­mer­veille­ment devant le miracle per­ma­nent de l’exis­tence, la beau­té intrin­sèque de la vie ?
Pourquoi ne sait-il, ne peut-il que pas­ser du : « je ne suis rien » au « je suis tout », tel un galo­pin qui joue, perd ou gagne, et dont ne veulent plus ses cama­rades ou qu’ils réclament mais juste le temps du jeu et jusqu’à la pro­chaine défaite ?
L’homme a besoin de recon­nais­sance, d’estime et d’amour.

Pourquoi, enfin, confond-il encore les choses de la vie avec les choses de sa vie, pre­mier res­pon­sable de ce qui lui arrive ?
Qui n’a jamais cher­ché un sou­la­ge­ment, un répit et un bref moment de mieux-être, même en se décon­nec­tant du réel, dans un quo­ti­dien atroce et dou­lou­reux, une situa­tion inex­tri­cable ? La méde­cine admet sans équi­voque les bien­faits de la régres­sion pas­sa­gère. Certains pensent même trou­ver ce mieux-être dans la mort.
Or, il existe une saine et viable façon de bien se por­ter au milieu du monde : la recherche et l’acceptation de la véri­té, véri­té sur soi-même et sur la vie, l’humble recherche de l’accord avec soi, entre soi et le monde ; c’est aus­si — expres­sion la plus sublime du pou­voir de l’esprit — le refus du men­songe sous toutes ses formes.

Avoir confiance, donc aus­si confiance en soi, telle est pro­ba­ble­ment la nou­velle euphorie.

C.Guyot © Association Euphoria, 02.2006

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